Le sachez tu !? :o Chronique étymologique et culturelle par Laurence Chalon

Le sachez tu !? :o Petite chronique étymologique et culturelle par Laurence Chalon

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lundi 18 mars 2024

Le Sachez Tu !? 😮 Colérique et choléra : de χολή kholḗ signifiant bile

 Le Sachez Tu !? 

😮 Colérique et choléra
Là, vous vous dites : "deux orthographes différentes, ces deux mots ne sont pas issus d'une même racine..."

Hé bien, cette fois, vous avez tort !

Colère vient bien du latin cholera,
lui même issu du grec χολέρα, kholéra,
de χολή kholḗ signifiant bile : d'ailleurs ne disait-on pas autrefois être "d'humeur bilieuse" pour être de "mauvaise humeur".

On se souvient de l'article " Le Sachez Tu !? 😮" sur la mélancholie μελαvχολία melankholía composé de
μέλας mélas +
χολή khōlé, ou mot à mot : "bile noire" selon la théorie des quatre humeurs (on se souvient... ou pas...)

Choléra vient bien aussi du grec χολέρα choléra avec la racine χολή kholê, bile, parce qu'on croyait que cette maladie venait de la bile, compte tenu de la couleur des malades.

L'expression "peur bleue" serait héritée des épidémies de choléra provoquant une cyanose livide effrayante.

Ci-dessous :
Horace Vernet
Étude pour « Le choléra-morbus à bord de la Melpomène »
1833
Les épidémies de Choléra sont toutes venues d'Inde.

En 1833, la frégate "La Melpomène", commandée par le capitaine de vaisseau lorientais Vincent Marie Moulac (1778-1836) fait route de Brest vers Alger.
Or, elle fait escale pendant trois mois à Lisbonne, frappée alors par la choléra.
Dix huit marins en meurent à bord.
Le commandant débarque tout le monde à terre.

La Melpomène quitte la ville le 3 juillet, laissant 45 malades contaminés à l’hôpital.

Lors de la traversée entre Lisbonne et Toulon, 59 nouveaux cas et 7 décès sont à déplorer, dont un lieutenant de vaisseau.

Le navire est dirigé vers le lazaret de Saint-Man­drier pour une quarantaine, car Toulon est indemne de choléra.

La Melpomène y dépose, le 12 juillet 1833, 50 marins mourants et l'ensemble de l'équipage qui reste confiné 67 jours.

Pour sa désinfection, la décision est prise par le conseil de santé de couler la frégate, par mesure prophylactique, avant de la remettre à flot avec lavage à l’eau douce et blanchiment à la chaux. A la mi-août, elle est prêt à repartir. L'épidémie est restée confinée au lazaret et a épargné la ville, au moins pour quelques années. C'est bien Guilbert, le chirurgien âgé de 42 ans, et Moulac, le capitaine âgé de 52 ans, que Vernet peint, un peu rajeunis, auprès du jeune mousse.

Quant à Moulac, miraculeusement rescapé de l'épidémie, en 1836, il sauve encore une partie de la population de Callao au Pérou, menacée par la guerre civile mais il meurt à bord de son navire en rade du Callao le 5 avril 1836.

TOUS DROITS RÉSERVÉS Laurence Chalon ®
2019
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Le Sachez Tu !? 😮 Troglodyte et polyglotte τρώγλη trốglê (caverne) + δύειη dýeiê (pénétrer, plonger).

 Le Sachez Tu !? 

😮 Troglodyte et polyglotte
Faites vos jeux :
parents, ou pas parents, ces deux mots là !? 🙂

Troglodyte, habitant des cavernes, nous vient encore du latin troglodytae, lui-même calqué (encore !) sur le grec
τρωγλοδύτης trôglodýtês que l'on peut décomposer en
τρώγλη trốglê (caverne) +
δύειη dýeiê (pénétrer, plonger).

Poly-glotte (plusieurs langues) nous vient, lui, directement du grec
γλῶττίς glottis ou γλῶσσίς, glossis (languette) et de
γλῶττα ou γλῶσσα, glotta, ou glossa (langue) qui a aussi donné glose (commentaire) ou glossaire (lexique).

A rapprocher du latin gula (gosier) qui a donné gueule, et
glousser,
engloutir,
déglutir,
glouglou, l'onomatopée, tous liés à la gorge.

Alors donc, aujourd'hui, l'enquête sera vite close avec un classement sans suite :
aucun lien commun entre le troglodyte, habitant des cavernes
et le polylotte, qui parle plusieurs langues, si ce n'est que certains oiseaux nichant dans les cavernes ont de jolis chants variés...

(Nota, pas béné : mon mari me dit parfois que j'ai la langue bien pendue, si ce n'est bien "fendue", et même "fourchue", si ce n'est même bifide.
Cette particularité physique fait elle de moi une poly glotte ?
Ou juste une gloseuse invétérée ?)

Ci-dessous :
Oiseau troglodyte mignon, nichant dans les cavernes
Gravure anonyme

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Le Sachez Tu !? 😮 Tradition et extradition : do , donner

 Le Sachez Tu !? 

😮 Tradition et extradition
Pour répondre à une question posée sur ma page "Le Sachez Tu !? 😮 ", et dont je remercie l'auteur, voici donc, le fruit de mes recherches sur ces deux mots, bien différents de sens mais, étrangement, issus encore de la même racine, du même étymon.

Ils viennent tous deux du verbe latin do, das, dare, (donner) mais ont encore suivi "chacun sa route, chacun son chemin"...

Le mot latin traditio, tradere, peut se décomposer :
- trans (à travers) +
- do, dare (donner, faire passer à un autre, remettre, livrer, délivrer...)
Il s'agit évidemment de culture, coutumes, habitudes, savoir-faire, en l'occurrence...

L'extra-dition est donc une livraison à l'extérieur (extra + donner), et désigne aujourd'hui, la procédure juridique par laquelle un État livre l'auteur d'une infraction à un État étranger, pour qu'il puisse y être jugé.

Certains pays ont des accords bi-latéraux, et c'est ce qui a permis l'extradition depuis Bolivie le 5 février 1983 de Klaus Barbie, par exemple.

En revanche, le beaucoup plus malin Carlos Ghosn mène toujours une vie active à Beyrouth, se consacrant en toute impunité, à ses start-up et à ses activités viticoles.

En effet, Carlos Ghosn détient trois nationalités :
-brésilienne,
-libanaise et
-française.
Ceci le protège de plusieurs extraditions selon les absences d'accords avec l'un ou l'autre de ces trois pays.

Un cas d'école qui montre encore combien la double, voire triple nationalité, est une aberration juridique à laquelle il faut mettre fin.

Tradition et extradition sont encore deux concepts bien difficiles à illustrer...
J'ai choisi un petit artisan déjà aguerri dans un art qu'il a reçu par tradition.

Ci-dessous :
Carte postale ancienne allemande
représentant un petit maréchal-ferrant.
La tradition étant aussi, la transmission des métiers et du savoir-faire des générations précédentes, voici :
Un petit garçon forge des fers-à-cheval au milieu de trèfles à quatre feuilles, tous deux symboles de chance.
"Viele Glück zum Jahreswechsel" :
Beaucoup de chance pour la nouvelle année
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Cameleon

 Le Sachez Tu !? 

😮 Camomille et caméléon
Chamaemelum est le nom latin donné à la camomille par Pline et vient du grec χαμαι khamai (à terre, nain) + μηλον mêlon (attention, appartient aux faux amis puisque mêlon signifie pomme)

En effet, selon Pline, la camomille a une odeur de pomme.

Caméléon, lui, vient du latin "chamaeleon", issu du grec χαμαιλέων, khamailéôn et se décompose en
χαμαι khamai (à terre, nain) +
λέων léon, lion (lion nain).
Selon les espèces, la langue d'un caméléon peut atteindre jusqu'à deux fois la longueur de son corps.
Le caméléon projette sa langue à plus de 20 kmà l'heure et la ramène à sa bouche en une demi-seconde : avec cette particularité, heureusement que l caméléon n'a pas à tourner sept fois sa langue dans sa bouche, avant de dire des sottises...
(Chose que je ne peux pas faire non plus, mais pour d'autres raisons.... 🙂 )


Le Sachez Tu !? 😮 La dame de Shalott 1888 John William Waterhouse :

 Le Sachez Tu !? 

😮 La dame de Shalott 1888
John William Waterhouse :
"I am half sick of shadows" dit Lady of Shalott

Cette peinture représente un poème écrit par Lord Alfred Tennyson en 1832.

Le poète y décrit le destin d'Elaine, à la chevelure d’or, enfermée pour une raison secrète dans une tour voisine de Camelot, le château du roi Arthur.

Mais Elaine, porte une malédiction :
elle doit rester dans la tour et tisser une longue toile, et, une malédiction lui interdit de quitter la tour et même de regarder par la fenêtre.

Le monde se reflète dans un miroir, suspendu dans la chambre et la jeune fille doit tisser une tapisserie, représentant les merveilles du monde qu'elle réussit à voir ainsi.

Un jour, dans ce miroir , elle voit le chevalier Lancelot.
Elle quitte alors la pièce pour le suivre des yeux depuis la fenêtre.

Alors, à ce moment précis, la malédiction est accomplie, la tapisserie se défait et le miroir se fissure.

Elaine fuit sa tour.
Sur les bords de la Tamise, elle trouve un bateau et y écrit son nom.

Elle flotte et dérive vers Camelot, vêtue de blanc virginal, un lys blanc à la main, en chantant un chant triste avant de mourir et sans jamais atteindre Camelot.

Lorsque l'on trouve son corps, Sir Lancelot commente simplement son beau visage, sans imaginer qu'elle est morte d'amour pour lui.

Ce poème est inspirée de la légende d'Élaine d'Astolat, la fille de Bernard d’Astolat, dans la légende arthurienne, languissant d'un amour non partagé pour le chevalier Lancelot.










Le Sachez Tu !? 😮 Reliques (reliquat, reliquaire..) et déréliction : - linquo laisser

Le Sachez Tu !? 😮 Reliques (reliquat, reliquaire..) et déréliction
Oui, voici encore deux cousins, latins cette fois, qui ont suivi "chacun sa route, chacun son chemin"...

Passons les dans la moulinette de la machine à remonter le temps des mots :
- reliquus (reste, restant) vient du verbe latin
- relinquo, lui-même dérivé de
- linquo (laisser, abandonner) avec le préfixe re- (comme dé-laisser) et qui a aussi donné
- liqueur, ce qui reste quand on fait fermenter les fruits.

La déréliction, cette épreuve de la vie mystique dans laquelle le fidèle a le sentiment d'avoir perdu la grâce, d’être abandonné pour l’éternité, vient de ce même reliquus (reste) du verbe relinquo, (abandonner) avec les préfixes "re" et "dé" pour en accentuer le sens.

Ci-dessous :
Hortense Haudebourt-Lescot (1784–1845)
Le Vendeur de reliques à Rome
Rome, Galleria del Laocoonte

À partir de 1239, le roi de France Louis IX (Saint Louis) acquiert des reliques à prix d'or avec beaucoup de naïveté :
la Couronne d’épines de Jésus , deux morceaux de la Vraie Croix, du sang du Christ, une pierre du Saint Sépulcre, le fer de la lance qui a percé le flanc de Jésus, l’éponge qui lui a été présentée pendant son agonie, un fragment du Saint Suaire et la tête de saint Jean-Baptiste.

C’est pour vénérer toutes ces reliques christiques que le roi de France fit édifier au cœur de Paris la Sainte-Chapelle, achevée en 1248.

Naïveté ? 

Pas tant que cela, car ces reliques, générant de nombreux pèlerinages étaient vite amorties, et enjeux de revenus substantiels comme l'explique la romancière Ellis Peters dans son roman "Trafic de reliques" où son héro, Frère Cadfael, mène l'enquête !



Le Sachez Tu !? 😮 Catafalque et échafaud : κατάστασις, katastasis, estrade

 Le Sachez Tu !? 

😮 Catafalque et échafaud
Et oui !
Aussi étrange que cela paraisse, ces deux là descendent encore d'un ancêtre commun..
Bon, vous me direz, si on remonte un peu, on descend tous de la méduse cténophore.
Mais là, point n'est besoin de remonter à 600 millions d'années : un petit tour chez les Grecs suffira encore une fois.

Catafalque nous vient de italien catafalco, issu du latin catafalicum, lequel est composé de catasta, estrade et fala « tour de défense en bois ».
Le latin catasta, estrade, vient du grec κατάστασις, katastasis, estrade où l'on expose les esclaves à vendre.

κατάστασις, katastasis, estrade, vient καθίστημι, kathístêmi, établir avec στάσις, stásis, être debout, duverbe ἵστημι, hístêmi, être debout,fixer, +
le préfixe cata (à l'envers, contre...).

Au passage, il est temps de vous révéler que, si vous croyiez, comme moi, je l'avoue, que la catafalque, c'était le grand dais noir recouvrant le cercueil, vous avez faux, puisque catafalque, c'est l'estrade sur laquelle ont place le cercueil durant la cérémonie funéraire, afin de l'honorer et qu'il soit vu de tous...

Et là, nous allons pouvoir dire, comme Bourrel-Souplex "Bon sang, mais c'est bien sûr !"
Estrade, échafaud, on commence donc à voir le lien...

Echafaud a donc suivi sa route (chacun son chemin...) de son côté, et, en remontant le temps, on le retrouve au XIIe siècle sous la forme "eschaafauz" (charpente, échafaudage), ou sous la forme "eschalfaut" (estrade de prédicateur) ou encore escaffaus (estrade pour spectateurs) ou même "eschaiffaut" (estrade pour jouer),
Sans doute sous l'influence de échelle, échasse.

Mais échafaud vient bien aussi du latin catafalicum..
Et voilà, l'enquête du Bougrex (comme disait Marcel Gotlieb dans ses Rubriques à Brac) de l'étymologie est enfin bouclée pour aujourd'hui ! 🙂



Ci-dessous :
Peinture Anonyme
Manon Roland, née Jeanne Marie Phlipon, monte à l'échafaud, le 8 novembre 1793, se tourne vers une statue représentant la liberté place de la concorde et prononce la fameuse formule (apocryphe) « Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »

Cette phrase fut mise en réalité, dans sa bouche par le poète Alphonse de Lamartine dans son "Histoire des Girondins".
Huile sur toile, école française, fin du XIXe siècle, musée Lambinet.