Le sachez tu !? :o Chronique étymologique et culturelle par Laurence Chalon

Le sachez tu !? :o Petite chronique étymologique et culturelle par Laurence Chalon

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dimanche 28 juin 2020


Le sachez tu !? 😮 Fantasia : encore un mot qui a changé de sens en voyageant...
Au Maghreb, fantasia signifie « panache » et vient de l'espagnol fantasia, signifiant "spectacle imaginaire" ou "panache, arrogance" et est issu du grec phantasíā φαντασία, apparence.
En arabe, la course de chevaux que nous appelons en France "Fantasia", se nomme : le jeu de la poudre laʿb al-bārūd لعب البارود ou jeu des chevaux : laâb al-ḵayl لعب الخيل .
C'est Eugène Delacroix lui attribua faussement le sens de « spectacle de cavaliers arabes simulant une charge » selon André Lanly dans "Le français d'Afrique du Nord : étude linguistique" : il aurait noté "fantasia" ( donc panache, arrogance) sur l'aquarelle ci dessous et y retravaillant plus tard, aurait confondu fantasia avec jeu du cheval.
La confusion pourrait venir de ce que خيال ḵayāl (imagination) et ḵayyāl (cavaliers ) se ressemblent.
"Fantasia ou Jeu de la poudre, devant la porte d'entrée de la ville de Méquinez"
Eugène Delacroix, (1798–1863)
1832
Aquarelle exposée au Louvre
Des cavaliers en ligne, dressés sur leurs selles, s'élancent au galop vers la gauche, tirant des coups de fusils. Au fond, à droite, un caïd à cheval entouré de cavaliers, et, plus loin, la porte de Méquinez. Au fond, des montagnes.
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dimanche 21 juin 2020

Le sachez tu !? 😮 "Subtil" : quel est le point commun (étymologique) entre : toile, subtil, prétexte, texture, texte... ?
Subtil est composé de sub- et de tela (toile).
A l'origine ce qui est subtil est ce qui ne se voit pas, ce qui est sous le voile, fin, ce qui doit être "dévoilé".
Textile vient du latin texo, texere (je tisse, je trame) + tela (toile) et désigne le tissu tissé.
Prétexte vient du latin prae texo : ce qui est avant la toile (ce qui borde, la bordure, ou ce qui orne).
Texture vient du latin textus (tissu, tissé) avec le suffixe -ura.
Texte vient également de textus ( tissu, trame )
On retrouve d'ailleurs le glissement sémantique entre le « tissu » et le « texte » dans des expressions comme trame du récit ou intrigue "cousue de fil blanc" (ou faufiler).
Un bel exemple de voile subtil, cachant la vérité toute nue :
La Pudeur, monument funéraire pour Cécilia Gaetani
Naples, chapelle Sansevero, 1752
Antonio Corradini (1668–1752)
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mercredi 10 juin 2020

Le sachez tu !? 😮 Rubrique vient du latin rubrica « ocre rouge ». apparenté à l'adjectif rubricus « rouge » issu de ruber ( rouge) qui a donné également rubicon et red en anglais.
Cet ocre rouge, servait à écrire les titres des articles de lois.
Chez les catholiques, les rubriques sont les règles selon lesquelles on doit célèbrer la liturgie.
"Et totes les rubriches estoient escrites, chascune par soi vermeilles." Assises de Jérusalem chapitre I, verset 25 fin du XIIe siècle.
Le mot "album", lui, vient de l'adjectif latin albus "blanc" et désignait un tableau blanchi au plâtre sur lequel les romains inscrivaient le nom des sénateurs. Il est à rapprocher de albâtre.
Ci-dessous :
Pontifical à l’usage de Périgueux (rituel de l'ordination et du ministère des évêques.)
Remarquer dans la lettrine, les jeunes gens suivant la liturgie.
Manuscrit sur vélin (peau très fine de veau mort né) en latin, lettres gothiques rouges et noires, enluminures, lettrines et musique.
Seconde moitié du XVe siècle.
In-folio (une feuille pliée en deux par le centre)
Reliure de conservation, pleine basane fauve, XVIIe siècle.
La basane est une peau de mouton tannée avec des substances végétales.
Manuscrit visible à la Bibliothèque municipale classée de Périgueux.
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Le sachez tu !? 😮 Brontë : Trois soeurs, trois succès littéraires de l'année 1847 :
Charlotte (1816-1855) publie Jane Eyre en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell.
Emily (1818-1848) publie "Les Hauts de Hurlevent" également en 1847 sous le pseudonyme d’Ellis Bell.
Anne (1820-1849) publie "Agnes Grey" sous le pseudonyme d'Acton Bell.
Charlotte publie d'autres romans féministes :
"Shirley" en 1849,
puis "Villette" en 1853 et enfin
"The Professor" publié à titre posthume, en 1857.
Anne publie également "La Locataire de Wildfell Hall" roman épistolaire en 1848.
Ensemble, elles avaient fait paraître un recueil de poèmes en 1846 sous leurs pseudonymes de Currer (Charlotte), Ellis (Emily) et Acton (Anne) Bell.
Leur frère, Patrick Branwell Brontë (1817-1848) doué pour la peinture et l'écriture, s'adonna malheureusement rapidement à l'alcool, puis au laudanum, à la suite d'un amour déçu avec la femme de son employeur, ( "Mrs Robinson", ça ne s'invente pas...!) qui le poussa vers la déchéance : en effet, le testament du mari stipulait que Mrs Robinson serait deshéritée si elle gardait contact avec Branwell...
Portrait des Soeur Brontë attribué à Edwin Landseer's
Sir Edwin Landseer, est né en1802 à Londres, et mort en 1873.
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Le sachez tu !? 😮 Laius : ou l'histoire d'un refus de priorité qui tourne vraiment mal...
"Imaginez le discours de Laius (Laios en grec) en réponse à Oedipe" : tel fut le sujet du premier concours d'entrée à Polytechnique en 1804.
Les élèves concourant furent très prolixes et le mot "laius" est resté depuis lors, dans la langue, comment un long discours...
Le nom du Pére d'Œdipe, en grec "laios" "λαιος" signifie"gauche", ou "sinistre", (sinistra en italien : gauche) pour cet oiseau de "mauvais augure".
Mais la vie de Laios est une succession de mauvais choix...
Après la mort de son père, Labdacos, chassé par son oncle le régent, Laios s'enfuit de Thèbes; il est recueilli par Pelops, et se propose d'apprendre à conduire ( le char ) au fils de son hôte : Chrysippos.
Or, s'éprenant du jeune Chrysippos (au fil des leçons de conduite 😉 ) Laïos, au cours d'une course de char, lui fait le coup de la panne (de char) et l'enlève... Accablé de honte, Chrysippe se serait pendu.
Ce n'est pas tant les amours masculines qui sont pointées du doigt, mises à l'index, mais le fait de trahir son hôte...
Ci-dessous :
Joseph Blanc, Le meurtre de Laïus par Oedipe, 1867,
exposé à Paris, Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts
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mardi 9 juin 2020

Le sachez tu !? 😮 Oedème. Devinette : quel est le point commun entre un oedème et Oedipe ?
Oedème vient du grec ancien οἴδημα, oídêma (gonflement, tumeur) issu lui même de οἰδέω, oidéô (enfler) avec le suffixe -μα, -ma, même racine que ἔδω, édô (manger), en latin comme en grec.
ἔδεσμα signifie aussi "nourriture".
Le nom d'Oedipe signifie donc bien : "pieds enflés"
Ο ι ̓ δ ι ́ π ο υ ς, composé de ο ι ̓ δ ε ́ ω «être enflé» et π ο δ ο ́ ς podos «pied».
οἰδεῖν τὰ πόδε, (oidei ta podei) se traduit par : avoir les pieds qui gonflent (et non pas les chevilles qui enflent..quoique !)
En effet, le roi de Thèbes, Laios, père d'Oedipe, apprit par un oracle que son fils le tuerait.
Il ordonna donc à un serviteur d’abandonner l’enfant sur le Mont Cithéron, avec ses deux pieds cloués, pour qu'il soit dévoré par les bêtes sauvages (un cas de maltraitance infantile antique, s'li en est !)
Mais le berger, Phorbas, découvrit l'enfant et le donna à Polybe, roi de Corinthe, et à sa femme Mérope qui n’avaient pas d'enfants et le nommèrent ainsi.
Il se pourrait que ce conte évoque le drame et le rejet de parents face à un enfant atteint de "pied bot" ou "varus équin", déformation congénitale fréquente.
Gustave Moreau (1826-1898)
Œdipe et le Sphinx, 1864
Exposé au "M.E.T" Metropolitan Museum of Art of New York City
2 m X 1 m
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lundi 8 juin 2020

Le sachez tu !? 😮 "Ostracisme" Devinette : quel est le rapport (étymologique) entre un homme banni et un éleveur d'huîtres ?
L'homme banni subit "l'ostracisme", l'éleveur d'huîtres est un "ostréiculteur".
Ces deux mots viennent du grec ὄστρακον, ostrakon (huître, coquille, tesson).
En effet, les grec se servaient de tessons de poterie ou de coquilles pour voter, en particulier un bannissement de la citée de dix ans.
L'HUÎTRE ET LES PLAIDEURS est une fable de La Fontaine :
Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent
Une Huître que le flot y venait d'apporter :
Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
A l'égard de la dent il fallut contester.
L'un se baissait déjà pour amasser la proie ;
L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l'apercevoir
En sera le gobeur ; l'autre le verra faire.
Si par là on juge l'affaire,
Reprit son compagnon, j'ai l'oeil bon, Dieu merci.
Je ne l'ai pas mauvais aussi,
Dit l'autre, et je l'ai vue avant vous, sur ma vie.
Eh bien ! vous l'avez vue, et moi je l'ai sentie.
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.
Perrin fort gravement ouvre l'Huître, et la gruge,
Nos deux Messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d'un ton de Président :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens, et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.
Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ;
Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles ;
Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.
Estampe gravée par Benoît-Louis Prevost (1733 Paris-1816 )
d'après un dessin de Jean-Baptiste Oudry (1686-Beauvais 1755)
pour l'édition des Fables de La Fontaine parue à Paris 1755.
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