Le Sachez Tu !?
ou la triste histoire de la fille rebelle de la peintre officielle de sa majesté la reine.
Dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789, alors que son hôtel particulier est saccagé par les sans-culottes, Élisabeth Vigée Le Brun quitte la capitale avec sa fille, Julie, sa gouvernante et cent louis en poche (20 francs), en laissant derrière elle son époux, le marchands d'art Jean-Baptiste-Pierre Lebrun, qui l'encourage à fuir, et à laisser surtout toutes ses peintures et le million de francs qu'elle a gagné avec ses nombreux portraits.
Elisabeth ayant, en effet, réalisé les célèbres portraits de toute l'aristocratie française, sa notoriété la met en danger à l'époque troublée où l'on se retrouvait la tête coupée pour beaucoup moins que cela...
Elle écrira plus tard dans ses mémoires :
« Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées. »
Elisabeth Vigée Le Brun et sa fille quittent Paris pour Lyon, déguisées en ouvrières, puis elles traversent le mont Cenis vers la Savoie où elles sont reconnues par un postillon qui leur propose un mulet.
Elisabeth vit alors à Florence, Rome, où elle retrouve d'autres émigrés, à Naples avec Talleyrand et Lady Hamilton, et Venise où se trouve Vivant Denon, directeur du Louvre.
Elisabeth voudrait rentrer en France, mais elle est inscrite, depuis 1792, sur la liste des émigrés, ayant perdu ses droits civiques en fuyant (mais en gardant la tête sur les épaules, ce faisant
).
En 1795, Elisabeth s'installe à Saint-Pétersbourg et y fait un séjour de plusieurs années, demeurant, en particulier, chez la comtesse Saltykoff en 1801.
Dans ses "Souvenirs" Elisabeth décrit sa fille unique Julie, surnommée “Brunette”, comme étant « le bonheur de sa vie » et note ses dispositions précoces pour la peinture, tout comme elle.
Elisabeth et son époux, Jean-Baptiste Le Brun, lui toujours à Paris, souhaitent que leur fille Julie, épouse un homme de la bonne société, un prix de Rome prometteur de 25 ans, et dont la notoriété monte en flèche :
le jeune peintre Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833)
Hélas, Julie Le Brun ne l'entend pas ainsi, têtue, elle se rebelle et, ayant rencontré Gaëtan-Bernard Nigris, qui est le secrétaire du comte Tchernychev, le directeur du théâtre impérial de St Pétersbourg, elle l'épouse, contre la volonté de sa mère, le 31 août 1799 : elle n'a que 19 ans, il en a 33 !
Bernardin Nigris, le père de Gaétan était alors secrétaire de l’ambassadeur de Venise, ville où il vit le jour, mais sa mère, Theodora Eynhouts, n'était qu'une simple lingère.
Mais Julie ne fait elle pas que reproduire la révolte de sa propre mère Elisabeth, qui, elle-même avait épousé, en cachette, à 20 ans, le 11 janvier 1776, Jean-Baptiste-Pierre Lebrun, joueur, libertin, divorcé, contre l'avis de sa mère et de son beau-père !?
La rupture est consommée et ces deux femmes de caractère ne se réconcilieront jamais...
En 1804, Julie Le Brun rentre à Paris et Nigris la quitte au bout de huit ans.
Julie Le Brun, seule, tente de subvenir alors à ses besoins en peignant, hélas elle est bien loin d'avoir le talent de son illustre mère...
En 1811 on la retrouve sous le nom de "Mlle Nigris", dans "l'Almanach du commerce de Paris", 83 rue St Lazare, la rue même où vit sa mère Elisabeth, avec ses nièces et élèves, Caroline Rouvier et Eugénie-Françoise Tripier Le Brun.
Julie meurt, seule, à seulement 39 ans, en 1819, dans le dénuement et la pauvreté.
Gaëtan Bertrand Nigris, lui, mourra en 1831 à 65 ans.
Sa mère Elisabeth, qui l'avait tant portraiturée et tant aimée enfant, survivra longtemps à sa fille unique, pendant plus de 23 ans, puisqu'elle mourut à Paris, en 1842.
TOUS DROITS RÉSERVÉS © Laurence Chalon 2019
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