Le sachez tu !? :o Chronique étymologique et culturelle par Laurence Chalon

Le sachez tu !? :o Petite chronique étymologique et culturelle par Laurence Chalon

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vendredi 1 mai 2020

Le sachez tu !? 😮 "Arcane" vient du latin arcanus "caché", issu du verbe latin arceo "je cache" et de arca "boite", issus eux-mêmes, de l’indo-européen arka, "boite", à rapprocher du grec ἀρκέω, arkéô "écarter".
(ne pas confondre avec ἀρχαῖος, arkhaîos signifiant ancien).
Un exemple en littérature :
-"Mon cher ami, Votre article m'a fait le plus grand plaisir. Vous êtes entré dans les arcanes de l'œuvre, comme si ma cervelle était la vôtre". Flaubert, lettre à Charles Baudelaire 1857
La boîte la plus connue de l'histoire des arts est évidemment celle de Pandore, souvent représentée en peinture et en sculpture.
Πανδώρα Pandora (pan : tout, Dora : dons) fut dans la mythologie grecque, comme Eve dans la bible, la première femme humaine, façonnée dans l'argile sur ordre de Zeus, par Héphaïstos, le dieu du feu, et la déesse
lui donna l'intelligence.
Or, si, comme pour la belle au bois dormant, les Dieux de l'Olympe lui donnèrent tous un don, Hermès vint en dernier et lui donna la curiosité et la jalousie, vices bien connus pour être exclusivement féminins ! ...( 😉 )
Quant à la boite, c'était, en fait, une jarre.
Pour se venger de Prométhée, le voleur de feu, Zeus offrit Pandore comme épouse à Épiméthée, frère de Prométhée, ainsi qu'une boîte mystérieuse que Zeus interdit d'ouvrir, comme Dieu avait interdit à Eve de manger la pomme dans le jardin d'Eden...
La boîte-jarre, elle, contenait les dix maux de l'humanité :
la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion et l'Orgueil.
Hélas, comme Eve, et comme l'épouse de Barbe Bleue, Pandore pouvait "résister à tout, sauf à la tentation", selon la formule de Sacha Guitry...
La curiosité féminine étant trop forte, Pandore ouvrit la boîte interdite et laissa s'échapper tous les maux de la terre, sauf l'Espoir.
Ci-dessous, 4 visions contemporaines de Pandora et de sa mystérieuse boîte :
celles de Charles Edward Perugini, (1839 - 1918)
de François Benjamin-Constant (1845 - 1902)
de John William Waterhouse (1849 - 1917)
de Alexandre Cabanel (1823 -1889)
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mercredi 29 avril 2020

Le sachez tu !? 😮 Glycine : quel est le rapport en glycine, glycémie, glycérol, glucose ? Ils viennent tous du grec γλυκoς, glukos "sucré"
Le Y en grec se prononce U (et allemand aussi).
Le suffixe -ine sert à former les mots des substances chimiques comme Aspirine, Atropine, Caféine, Cocaïne, Nicotine...
Le suffixe -ose fait référence aux molécules de carbone.
Le suffixe -émie, du grec αἷμα, haîma "sang", exprime le rapport d'une substance dans le sang : alcoolémie, anémie, insulinémie, leucémie...
Le nom générique de la glycine est le "Wisteria", hommage du botaniste américain Thomas Nuttall (1786 –1859) à l'anatomiste américain Caspar Wistar (1761-1818) originaire de Philadelphie.
On peut manger les fleurs de glycine en beignet, en gelée, en salade, en tisane...ou en décorer ses plats (mais les feuilles, comme souvent, sont toxiques)
Étude de Glycine Claude MONET Huile sur toile Paysage 1919 exposée au Musée Marcel Dessal de Dreux
Ces glycines ornent le pont japonais au-dessus du bassin des nymphéas, dans la propriété de Claude Monet, à Giverny.
Fasciné par l’Asie, passionné par les fleurs, le peintre-jardinier avait fait venir ces arbustes aux grappes de fleurs mauves depuis la Chine.
Cette œuvre, moderne et lumineuse, est une des rares peintures de Claude Monet à n’avoir pas été vernie, d’où ses couleurs encore éclatantes.
Le fond du tableau est dans les tons violets alors que les fleurs sont représentées en vert : un tour de passe passe pour l'oeil qui reconnait néanmoins tout de suite des glycines mauves.
Cette œuvre préfigure le mouvement de la peinture abstraite : les grappes de fleurs sont effet juste suggérées, évoquées par les touches de couleur.
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mardi 28 avril 2020

Le sachez tu !? "Inéluctable" vient du latin in+eluct+abilis.
"Able" en français (et en anglais) ou abilis en latin, permet de former des adjectifs à partir de verbes en exprimant la possibilité.
"In" est ici un préfixe privatif, comme infaisable ou imbitable .
Luctor, luctari signifie lutter. Donc, inécluctable est, mot à mot, ce contre quoi on ne peut pas lutter.
On trouve le mot inéluctable en 1500 dans la traduction de Énéide de Octovien de Saint-Gelays.
S'il ne sert à rien de lutter contre l'inéluctable,
voici cependant trois visions de lutteurs luttant contre des adversaires "vincibles" :
La première est de Gustave COURBET ( encore ! )
"Les lutteurs" 1853, Huile sur toile, 252cm x 199cm,
exposée au Musée des Beaux Arts, Budapest
Celle représentant deux lutteurs sur une piste sablée avec des spectateurs masculins est de Alexandre Falguière (1831-1900) – "Lutteurs", 1875
Celle où deux enfants se battent en bord de rivière est de Émile Friant (1863–1932)
La Lutte
1889
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dimanche 26 avril 2020

Le sachez tu !? "Procrastination" vient du latin procrastinatio et se décompose en pro (en avant) + crastinus (de demain), lui même issu de cras (demain).
Cras vient de l’indo-européen k̂eu qui veut dire "briller", car demain le soleil brillera... enfin, peut-être...
Procrastiner signifie donc remettre à demain, "ce qui peut être fait aujourd'hui" (et éventuellement préférer commencer par une sieste corse).
En 1866 Gustave Courbet (1819-1877) peint "Le sommeil" : alanguies, endormies, deux beautés féminines, l'une brune et l'autre blonde, sont enlacées dans un désordre de draps soyeux.
L’ambiance est licencieuse et délicate : bijoux éparts, mobilier raffiné, table en marqueterie, coupe et flacon ciselés, dentelle, bouquet de fleurs dans un vase finement décoré...
Ce tableau aurait fait scandale s'il n’avait été livrée discrètement au diplomate ottoman Khalil-Bey, collectionneur averti, pour lequel Courbet avait déjà peint « l’origine du monde », tout aussi provocante.
Le diplomate Khalil-Bey sera également l’acquéreur du « Bain turc » d’Ingres...
"Le Sommeil", huile sur toile de 135 cm X 200 cm est exposé au Petit Palais à Paris depuis 1953.
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Le sachez tu !? "Plethore" vient du grec πληθώρη, plēthōrē, "plénitude", issu du verbe πλήθω, πίμπλημι, plēthō, píplêmi, je (re)emplis, (re)empli, emplir, où l'on retrouve la racine "plein"...
(et là... c'est le drame...Je ne vois pas du tout par quel tableau illustrer plein, remplir.. !!)
Les Danaïdes par John William Waterhouse, versions de 1903 et 1906. Les deux versions sont peintes en miroir.
Les 50 Danaïdes, filles du roi Danaos et nièces du roi Égyptos devaient épouser leurs 50 cousins.
Mais un oracle révéla à Danaos que l’intention de ses neveux était de tuer leurs épouses après les noces.
Danaos ordonna alors à ses filles de cacher dans leurs cheveux une épingle pour percer le cœur de leurs maris lors de la nuit de noce. Toutes obéirent sauf l'aînée : Ὑπερμνήστρα Hypermnestre, ("de hyper + prétendant").
Hypermnestre sauva son époux Lyncée et l’aida à s’enfuir.
("Clytemnestre" se décompose en : κλυτός klutós, "célèbre", + μνήστρα mnestra, de μήδομαι, mếdomai, "prétendre, comploter".)
Puis Danaos s’enfuit avec ses filles et parvient jusqu’à la ville Argos, dont il devint roi.
Mais Lyncé, seul survivant, revint et se vengea en tuant Danaos.
Lyncée et Hypermnestre régnèrent alors sur Argos.
Quant aux 49 autres Danaïdes, elles furent condamnées, aux Enfers, à remplir sans fin un tonneau troué.

samedi 25 avril 2020

Le sachez tu !? "Funèbre", funérailles, funéraire, funérarium, défunt, funeste viennent tous du latin funus, funeris : anéantissement (mais rien à voir avec funambule, qui vient de funis, corde+ambularer, se promener, quoique cette activité puisse conduire à ses funérailles...)
Inhumer vient du latin in, dedans, + humus, terre
"Enterrement d'un enfant" du Suisse Albert Anker (1863), ce tableau fut réalisé 13 ans après le célèbre "Enterrement à Ornans" de Gustave Courbet et est une réponse colorée à cette oeuvre très sombre où l'on reconnaissait la plupart de 46 personnages présents.
Le centre du tableau est occupé par un choeur d'enfants dont une petite fille et blonde lumineuse se détache, petit ange blanc, faisant écho au mouchoir de la mère, au fleurs du petit cercueil et aux manches du fossoyeur appuyé sur sa bêche, attendant la fin du cantique pour procéder à l'inhumation dans la toute petite tombe.
Les femmes sont à gauche, la mère tenant deux autres enfants contre elle, dont petit garçon qui semble ne pas comprendre pourquoi sa mère pleure : on devine en effet sa bouche ouverte et ses petits yeux écarquillés.
Il ne s'agit pas d'un enterrement d'un enfant pauvre : les petits chanteurs blonds sont tous bien vêtus et sont de la bourgeoisie : la mort frappe où elle veut...
A l'arrière plan, contre le mur du cimetière se détache un saule pleureur et au premier plan la vision sordide d'une corde et d'une pioche.
Albert Anker (1831 -1910 canton de Berne)
Huile sur toile 1,11 m X 1,71 m
Aarau, Aargauer Kunsthaus

Le sachez tu !? "Portion congrue" était la petite partie de la dîme reversée aux curés et vicaires des paroisses sous l'Ancien Régime.
La dîme (dixième) était perçue par évêques et les seigneurs, et non directement par le curé de paroisse.
"Congru" est attesté dès 1282, avec pour signification "congruent, convenu, convenable", du latin congruus, issu du verbe congruo "tomber d'accord, se réunir" composé lui même de con (avec)+ ruo (se ruer).
La portion congrue affectée aux curés de campagne a glissé sémantiquement de "partie qui convient" à portion chiche et insuffisante (alors que le restant du clergé touchait la meilleur part).
La portion congrue est fixée à 120 livres par un édit royal de 1571, puis revalorisée à 200 livres en 1634 pour les curés sans vicaire.
Martinus Rørbye "Jeune abbé lisant"
La fenêtre occupe un quart de ce tableau et s'ouvre sur la belle campagne romaine.
Le peintre norvégien était alors logé dans l'abbaye bénédictine de Subiaco, fondée au VIe siècle par saint Benoît.
La netteté de cette campagne rieuse, verte et riche s'oppose au dénuement de la cellule de ce pauvre curé, vêtu chichement, dont les chaussures sont crottées, l'habit élimé, et plongé dans la lecture de sa bible : cette fenêtre préfigure la vie future et spirituelle, promise à ceux qui vivent celle-ci dans l'indigence, et le crucifix, en vis à vis, en atteste.
Le contraste entre extérieur et intérieur est saisissant :
la cellule reflète un manque de confort : un torchon, une cruche posée au sol en sont les seuls éléments.
Les vitres sont ébréchées et le papier, fané, est arraché sous la fenêtre.
Seule, la tache rouge d'une couverture négligemment posée sur le lit vient égayer l'austérité de cette chambre.
Martinus Rørbye est né à Drammen, Norvège en 1803 et mort à Copenhague en 1848
Huile sur toile de 39 cm x 28 cm Monogrammé en haut à droite : Subiaco (Italie) 1836 MR
Art Institute of Chigago, aquisition de 2013